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Stéphanie Mazza est nommée chevalier dans l’Ordre national du Mérite
Professeure à Lyon 1 Université au sein de l’INSP? Lyon, Stéphanie Mazza vient d’être nommée au grade de chevalier dans l’Ordre national du Mérite, sur désignation de Madame la Ministre de la Santé. Cette distinction vient reconna?tre son engagement porté depuis plusieurs années autour des questions de sommeil, de développement de l’enfant et de prévention, ainsi que ses actions de diffusion et de sensibilisation menées en lien avec les enjeux de santé publique et d’éducation. ? cette occasion, Stéphanie Mazza revient sur la signification de cette distinction et sur l’impact de ses travaux de recherche au service de la société.
Vous venez d’être nommée chevalier dans l’Ordre national du Mérite. Qu’avez-vous ressenti en apprenant cette distinction ?
J’ai ressenti de l’étonnement avant de me sentir honorée par cette distinction. Elle représente un honneur qui dépasse ma personne, puisqu’elle reconna?t un parcours construit au fil des années gr?ce à des collaborations et des rencontres avec des personnes engagées et avec qui je partage la conviction que la santé du sommeil constitue un enjeu majeur de santé publique. J’y vois également une marque de confiance et un encouragement à poursuivre nos efforts pour faire progresser les connaissances et favoriser leur transfert vers la société, et notamment en faveur des enfants.
Parlez-nous de vos recherches : sur quoi portent vos travaux aujourd’hui ?
Mes recherches portent sur le sommeil et ses liens avec le fonctionnement cognitif, les apprentissages, la santé et le bien-être. Je m’intéresse particulièrement aux enfants et aux adolescents, mais aussi à certaines populations vulnérables, comme les personnes atteintes de troubles du sommeil ou les professionnels travaillant en horaires décalés.
L’un des fils conducteurs de mes travaux est de mieux comprendre comment le sommeil influence notre capacité à apprendre, à mémoriser ou encore à prendre des décisions. J’accorde une importance particulière au transfert des connaissances vers la société en développant des programmes d’éducation au sommeil (comme le programme MéméTonpyj, ou 3 semaines pour mieux dormir) et j’essaye d’apporter ma contribution aux politiques publiques de prévention.
Selon vous, qu’est-ce que cette reconnaissance vient saluer dans votre parcours de chercheuse ?
Depuis plusieurs années, avec mes collaborateurs, nous nous attachons à faire dialoguer la recherche sur le sommeil avec les besoins concrets de la société. Au-delà de la production de connaissances scientifiques, notre ambition est que ces travaux puissent éclairer les pratiques, accompagner les professionnels et contribuer aux décisions publiques.
Cette distinction vient sans doute reconna?tre cet engagement collectif. Nous savons aujourd’hui que le sommeil constitue un déterminant majeur de la santé et de la qualité de vie tout au long de la vie.
J’ai la chance de porter ces messages au sein de l’Institut National du Sommeil et de la Vigilance et du Conseil scientifique de l'éducation nationale, deux instances qui ?uvrent au rapprochement entre les connaissances scientifiques et les politiques publiques. Voir ces questions gagner progressivement en visibilité et trouver leur place dans le débat public constitue pour moi l’une des plus belles récompenses de mon parcours.
Vos travaux ont-ils toujours été guidés par une conviction ou une ambition particulière au service de la société ?
Mon ambition a toujours été de produire une science rigoureuse, mais aussi utile. Ma thématique de recherche s’y prête, le sommeil est un formidable levier de prévention. Lorsqu’on intervient auprès des enfants et qu’on les voit s’approprier très rapidement les messages sur le sommeil, comprendre son importance et parfois même devenir les ambassadeurs de bonnes habitudes au sein de leur famille, c’est extrêmement motivant. Mais transformer les connaissances scientifiques en changements durables est souvent un processus long et parfois décourageant. Il m'arrive d'avoir le sentiment de dépenser beaucoup d’énergie pour faire évoluer des pratiques ou faire reconna?tre l’importance d’un sujet dont les bénéfices sont pourtant bien établis. Il m’est arrivé de m’interroger sur cette nécessité de convaincre sans cesse et sur le temps qu’il faut pour que les résultats scientifiques se traduisent en décisions concrètes. L’exemple du décalage des horaires de début des cours chez les adolescents illustre bien cette réalité. Depuis de nombreuses années, nos données scientifiques montrent qu’un début des cours plus tardif est bénéfique pour le sommeil, la santé mentale, l’attention et les apprentissages. Pourtant, faire évoluer l’organisation scolaire nécessite de concilier de nombreuses contraintes institutionnelles, territoriales et sociales. Le passage de la preuve scientifique à la décision publique demande souvent de la persévérance, du dialogue et du temps.